Révisé le 14.12.08 - voir au pied de l'article
L'envol de l’absinthe suisse
Octroi des premières concessions définitives aux producteurs d’absinthe
La Régie fédérale des alcools (RFA) a octroyé en juillet 2008 les premières concessions définitives à certains des 17 producteurs qui ont ouvert une distillerie depuis la levée de l’interdiction de l’absinthe.
Les consommateurs suisses restent fidèles aux distillateurs d’absinthe locaux alors que l’exportation prend son envol.
Les distilleries ouvertes en 2005 et en 2006 à la suite de la levée de l’interdiction de l’absinthe ont achevé avec succès leur période d’observation.
La RFA a dès lors décidé d’octroyer la concession professionnelle définitive à la dizaine de producteurs qui, les premiers, ont réuni les conditions légales pour ouvrir une distillerie.
(Réd.).Il faut distilller plus de 500 litres d'alcool pur (valeur théorique à 100% vol) pour obtenir cette concession – ce qui représente moins de mille litres d'absinthe à 53% vol.
[La Régie] les autorise par la même occasion à fabriquer toute la palette des spiritueux. La situation des sept distillateurs, qui ont débuté plus tardivement leurs activités et qui travaillent aujourd’hui sous le régime d’une concession provisoire, sera revue en 2010.
Alors que certains prédisaient la disparition rapide de l’absinthe légale de l’assortiment des spiritueux, la statistique de la RFA révèle que la production suisse d’absinthe, après avoir marqué un recul en 2006, a connu une forte progression en 2007 et en 2008 et a atteint un total de 550 000 litres commercialisés entre la levée de l’interdiction le 1er mars 2005 et nos jours(30 juin 2008).
Voir les propos alarmistes du professeur Delachose:
http://duvallon.over-blog.com/article-2576659.html
Production, exportation et importation d’absinthe entre le 1er mars 2005 et le 30 juin 2008
Cette activité économique a permis la création de près de 20 emplois dans les régions périphériques et rapporté plus de 5 millions de francs d’impôt sur l’alcool. Le dynamisme de ce secteur a permis aux distillateurs d’absinthe non seulement de conforter leur situation au niveau national, mais également de développer de manière importante leur présence à l’étranger puisque l’exportation, avec un total de 200 000 litres, représente près de 40 % des ventes. En effet, l’absinthe rencontre un vif succès aux Etats-Unis depuis quelque temps. Cette réussite contraste fortement avec la morosité du secteur de la distillation des fruits.
L’absinthe est obtenue par macération dans l’alcool de bouche de la plante d’absinthe combinée avec d’autres plantes telles que l’anis et le fenouil, selon le secret de chaque distillateur, puis distillation. Les plantes d’absinthe sont généralement achetées auprès de cultivateurs ou de commerçants locaux.
(Source: Régie fédérale des alcools).
(Réd.) L'exportation d'absinthe aux Etats-Unis est surtout le fait de la distillerie Kubler, de Môtiers, qui vient d'installer un nouvel alambic de 1400 litres pour faire face à la demande. L'absinthe exportée aux Etats-Unis est faible en thyuone: pas plus de 10 mg/kg, alors que la norme,en Europe, et de 35 mg / kg.
Le nouvel alambic de Kubler à Môtiers
La surface des cultures d'absinthe au Val-de-Travers s'étendent chaque année. A Boveresse (750 m. d'altitude) mais aussi au Mont de Travers (mille mètres d'altitude). L'absinthe y pousse lentement, et elle est forte en thuyone, donc très parfumée.
On ne pourra jamais atteindre une telle qualité olfactive en plaine. Les absinthes distillées avec des plants qui poussent dans de trop bonnes conditions climatiques sont fades. C'est d'ailleurs aussi pour cette raison que le Val-de-Travers (Suisse) et la région voisine de Pontarlier (Haut-Doubs, en France) furent le centre mondial des producteurs d'absinthe au 19e siècle.
Situation au Val-de-Travers en 1906
- 14 distilleries
- 1.6 millions de litres de production
- industrie occupant plus de 200 personnes, planteurs d'absinthe et autres herbes compris
- fin de l'absinthe: le 7 octobre 1910
- Réhabilitation: 1er mars 2005
Situation à Pontalier au début du 20e siècle
- 22 distilleries occupant 3000 personnnes pour 8000 habitants
- Production annuelle: 11 millions de litres d'absinthe, la moitié de la production française
- 111 débits de boissons dans la ville (un café pour 72 âmes!)
- Interdiction de l'absinthe en France le 16 mars 1915
- Pernod perd nos fils, diront les opposants à l'absinthe...
Réhabilitation partielle (sources Wikipedia):
En 1999, avec l'apparition de la Versinthe en France, ce pays ne supprime pas l'interdiction de l'absinthe mais attribue une nouvelle appellation légale à l'absinthe: « spiritueux aromatisé à la plante d'absinthe » et complète la règlementation européenne (35 mg/l de thuyone maximum) d'un taux de fenchone et de pinocamphone à ne pas dépasser (respectivement 5 mg/l et 10 mg/l).
- C'est ainsi que les absinthes suisses distillées avec du fenouil comme le faisait M. Pernod ne peuvent pas être vendues en France, car elles contiennent trop de fenchone (souvent 15 mg / kg, au lieu de 5 mg/kg maximum). Protectionnisme ?
N.B. Le fenchone procurerait "un effet de bien-être"...
Après sa réhabilitation en Suisse en 2005, l'absinthe est désormais disponible sur le marché américain. La «Kübler» a en effet été lancée dans plusieurs villes.Autorisée par le gouvernement fédéral, elle devra encore satisfaire les instances des 50 Etats de l'union pour être disponible partout.
Produite par Kübler à Môtiers, dans le canton de Neuchâtel, l'absinthe a été lancée en octobre à New York, Boston et Las Vegas. En janvier, ce sera San Francisco, Los Angeles et San Diego. Puis Chicago et Miami en février.
L'importateur Altamar affirme que Kübler est «la première absinthe suisse authentique à arriver sur le marché américain en près d'un siècle» et se dit très confiant dans son succès.
«Nous avons été agréablement surpris par les réactions des détaillants et il se peut que nous accélérions notre calendrier de lancement», déclare à swissinfo le patron d'Altamar, Lyons Brown.
L'arrivée de Kübler sur le marché américain n'a pourtant pas été facile car l'absinthe est précédée d'une réputation sulfureuse.
Une boisson fortement alcoolisée à base de plantes qui auraient des vertus hallucinogènes et est appréciée par certains artistes depuis le 19ème siècle. De Baudelaire au rocker Marilyn Manson, en passant par Toulouse-Lautrec, Van Gogh ou Hemingway.
Après la Suisse et d'autres pays européens, les Etats-Unis avaient interdit l'absinthe en 1912. Soixante après, ils l'avaient à nouveau autorisée, selon la Wormwood Society, une organisation défendant la cause de l'absinthe. Mais les instances fédérales chargées de réguler l'alcool ne le savaient pas ou ne voulaient pas le savoir.
«Les gens du Bureau du Commerce et des Taxes nous disaient que l'absinthe est illégale mais ne pouvaient pas citer le texte sur lequel ils s'appuyaient», raconte à Swissinfo l'avocat Robert Lehrman qui représente Kubler à Washington.
Robert Lehrman précise que les fonctionnaires américains étaient «préoccupés » parce que la Kübler contient du thuyone, l'ingrédient prétendu hallucinogène. Il argua que « Kubler reste dans les limites posées par les instances fédérales pour le thuyone».
La formule de Kubler fut alors approuvée en 2004, mais à condition que le mot «absinthe» ne figure pas sur l'étiquette.
Devant ce nouvel obstacle, l'avocat conseilla à Kübler de retirer le thuyone. «Mais Kubler m'a répondu qu'il ne jouerait pas avec l'intégrité du produit», se souvient Robert Lehrman avant d'ajouter que «l'absinthe sans thuyone, c'est comme Playboy sans les photos».
La réunion décisive avec les fonctionnaires américains intervint le 27 février dernier. Flanqué cette fois de l'attaché commercial de l'ambassade suisse, l'avocat de Kübler avança un argument massue: une bouteille piratée.
«J'ai apporté une bouteille achetée sur l'Internet qui ne portait pas d'étiquette officielle, pas d'adresse de producteur ou d'importateur pour leur montrer que, qu'ils le veulent ou non, certains vendent une absinthe sans payer de taxe et j'ai fait valoir qu'il valait mieux autoriser des producteurs comme Kübler qui respectent les règles du jeu», explique Me Robert Lehrman.
De son côté, l'attaché commercial Urs Broennimann souligne que son rôle à la réunion «a été d'expliquer qu'en Suisse, l'absinthe est redevenue légale et ça a beaucoup intéressé nos interlocuteurs américains parce qu'on a eu l'impression qu'ils avaient du mal à justifier leur décision de ne pas autoriser l'étiquette de Kübler».
Image provenant du site hollandais:
L'étiquette fut approuvée en mai et la Kübler est donc vendue aux Etats-Unis sous le nom d'absinthe.
«La difficulté avec l'absinthe, c'est son aura. Mais le Bureau du Commerce et des Taxes a reconnu que, sur la base d'une analyse scientifique, l'absinthe ne pose aucun problème», précise Robert Lehrman.
Bataille gagnée donc, mais d'autres sont à venir. En effet, si la Kübler est autorisée par le gouvernement fédéral et certaines villes, elle devra satisfaire les instances des 50 Etats de l'union pour être disponible partout.
«Les législations sur la vente d'alcool varient beaucoup d'un Etat à l'autre et il faut donc effectuer
des démarches dans chaque Etat», relève Urs Broennimann. Il faut aussi compter avec le conservatisme de certains Etats, même s'il s'accommode d'une certaine hypocrisie.
Bonjour la promo aux Etats Unis ! Chez DuVallon, on y réfléchit...
Tiré du
http://azbodyartist.com/absinthe-kubler-promotional.html
«L'alcool est un sujet tabou aux Etats-Unis, mais c'est aussi une merveilleuse source de revenus pour les Etats qui le taxent et qui, comme la Virginie par exemple, en vendent eux-mêmes», affirme l'avocat Robert Lehrman.
Sur le marché américain, Altamar présente la Kübler quasiment comme une boisson naturelle, voire une infusion.
Son communiqué de presse, rédigé avec le service commercial de l'ambassade, souligne que si l'absinthe contient 53% d'alcool, «son ingrédient principal est la plante artemesia absinthium dans une formule qui, notamment, comprend aussi de la coriandre, de la menthe, de l'anis et du fenouil».
Mais la réputation de l'absinthe est telle qu'Altamar et Kübler en jouent aussi. Les consommateurs visés sont ainsi «les moins de 40 ans, avec un côté marginal et bohême, un milieu qui sort tard le soir», selon M.Brown, le patron d'Altamar.
Me Lehrman souligne encore que l'absinthe demeure «plus excitante que la plupart des autres produits» et que les jeunes ont «une fascination pour l'absinthe». Il conclut en affirmant que les producteurs sont «énormément intéressés» par le marché américain car «ce marché est immense, et, à 50 dollars la bouteille, extrêmement rentable».
Swissinfo, Marie-Christine Bonzom, Washington
01.03.2005
La Fée est libérée
14.06.2004
La Fée verte sort de la
clandestinité
Lien pour lire cet article sur le site Swissinfo
http://www.swissinfo.ch/fre/recherche/Result.html?siteSect=882&ty=st&sid=8277868
Nos
remarques:
On rigole, ici au Val-de-Travers,
en Europe
Les Américains s'éclatent avec la fée verte light
- L'absinthe importée aux Etats-Unis a un taux de thuyone de 10 mg / kg, contre 35 mg en Suisse et en
Europe, taux que les distillateurs du Val-de-Travers trouvent trop bas car c'est la thyuone qui donne son parfum d'absinthe à l'absinthe, trop souvent noyé dans l'anis et le fenouil. Idéalement,
ce taux devrait atteindre 50 mg /kg.
- Les Américains sont certains qu'ils faut enflammer un sucre imbibé d'absinthe pour augmenter les effets de la boisson. On sourit: le carburant de la flamme, c'est l'alcool, et il n'en reste plus beaucoup après ce traitement...
- Aux USA, les bars vendent le verre d'absinthe 16 $ ! Au Val-de-Travers, un verre d'absinthe coûte 4 fr. (suisses).
- L'engouement pour cette absinthe "light" est tel que la distillerie Kübler a exporté 150'000
bouteilles d'absinthe aux Etats-Unis en une année.
- Cette distillerie installée à Môtiers (Val-de-Travers) a été obligée d'augmenter sa capacité de production en installant un alambic de près de 1500 litres qui fonctionne automatiquement et qui se trouvait en phase d'essai début décembre 2008.
Le nouvel alambic de Kubler, 1400 litres, 40 heures de distilllation, commande à distance.
- Enfin, dans la foulée, la distillerie française de Ted Breaux a aussi pris pied sur le marché américain.
Liens:
Absinthe Kubler:
http://www.blackmint.ch/fr/absinthe_1.html
Absinthe Artemisia Bugnon - Couvet / Val-de-Travers
http://www.absinthe-suisse.com/
Absinthe Ted Breaux Combier / France:
http://www.heureverte.com/content/view/209/185/
Taux de thuyone: bref rappel
Thuyone: l'ordonnance sur les additifs (législation européenne)
RS 817.021.22
Ordonnance sur les additifs admis dans les denrées alimentaires (O sur les additifs, Oadd)
Annexe 4, Teneurs maximales en certaines substances présentes dans les denrées alimentaires prêtes à la consommation et dans lesquelles des arômes ont été utilisés.
Thuyone (alpha et bêta)
5 mg/kg dans les boissons alcooliques titrant jusqu'à 25 % d'alcool en volume, 10 mg/kg dans les boissons alcooliques titrant plus de 25 % d'alcool en volume, 25 mg/kg dans les denrées alimentaires contenant des préparations à base de sauge; 35 mg/kg dans les amers.
La législation européenne
La directive 88/388/CEE du Conseil, du 22 juin 1988, prévoit des quantités résiduelles maximales pour certaines substances indésirables qui, de par l’emploi d’arômes, peuvent être contenues dans certaines denrées alimentaires. Ainsi pour les boissons alcoolisées titrant plus de 25 % vol d’alcool, il est admis une teneur en thuyone de 10 mg/kg.
Pour les bitters, cette teneur limite autorisée s’élève à 35 mg/kg. Mais il est interdit d’incorporer directement de la thuyone aux denrées alimentaires et aux arômes en tant qu’additif.
La thuyone qu’elle apparaisse naturellement ou à la suite d’adjonction d’arômes, n’est pas tolérée dans les denrées alimentaires élaborées à partir de matières premières naturelles.
Les Etats membres renvoient à cette directive. Il est dès lors impossible de donner ici un aperçu général de son application dans les différents Etats de l’Union européenne.