1er mars 2005 – 1er mars 2007
Révisé le 12 mars 2007
Deux ans de liberté pour l'absinthe suisse
Quelques réflexions pour en finir avec la nostalgie du « bon vieux temps » de la prohibition
Après une interdiction de près d'un siècle (7 octobre 1910 en Suisse) pendant laquelle la production clandestine fut très modeste au Val-de-Travers, il faudra au moins 20 ans pour que cet apéritif se retrouve dans tous les bistrots. Ce ne sera pas facile car les habitudes et les goûts ont changé (moins d'intérêt pour les produits anisés).
Au Val-de-Travers, on dénombre une trentaine d'absinthes commercialisées.
Le plus gros producteur est Kubler, à Môtiers: 60-80'000 litres l'an dernier (2005) (distribué par Diwisa). http://www.blackmint.ch/
Le second est Claude-Alain Bugnon, à Couvet.
http://www.absinthe-suisse.com/
Le troisième, c'est sans doute François Bezençon, Fleurier, qui a créé un extraordinaire musée dans sa distillerie de Môtiers. http://www.absintherie.ch/
Les autres sont "sortis de l'ombre" comme ils disent, sous la pression de la Régie fédérale des alcools. Ils ont créé des coopératives. Ils ont aménagé des distilleries respectant les normes d'hygiène. Ils font contrôler leur absinthe par le Laboratoire cantonal (350 fr. le contrôle – 200 €). Ils ont fait dessiner un logo, ont imprimé des étiquettes, des cartons; ont acheté des machines à mettre en bouteille, des appareils pour peser l'alcool, etc...
Par ailleurs, il reste quelques clandestins – c'est leur choix - dont on ne sait pas toujours d'où provient l'alcool. L'un d'eux confiait au Journal Le Temps, de Genève, en décembre 2006, qu'il achetait son alcool en France en éludant certainement au passage les taxes sur l'alcool (29 fr. suisses – 20 € par litre à 100% vol). Mais selon un inspecteur de la Régie, cette production est désormais très marginale.
Gag d'un paysan du Val-de-Travers
du temps de la prohibition...
Face à tous les efforts des distillateurs réunis au sein de l'inter-profession de l'absinthe, que lit-on dans les journaux en général ?
- Ah qu'il était bon le temps de la prohibition!
- Ah qu'elle avait meilleur goût avant... (mémoire courte, on trouvait des absinthe dégueulasses sur le marché clandestin).
- Ah que ce fut une connerie de la libéraliser!
Depuis le milieu des années 1980, le taux de thyuone a été fixé à 35 mg / kg d'absinthe en Allemagne. L'Europe a ensuite réhabilité l'absinthe. Seule la Suisse aurait dû rester dans la prohibition ? Et en vertu de l'accord genre Cassis de Dijon, on aurait finalement importé des absinthe de toute l'Europe en Suisse en interdisant aux distillateurs du Val-de-Travers d'en produire ?
L'absinthe distillée aujourd'hui officiellement est meilleure (hygiène, qualité des plantes) que bien des absinthes produites clandestinement. Les numéros de lot permettent la tracabilité des produits qui la composent.
à la fin du 18e siècle
(Projet d'étiquette pour l'absinthe Duvallon).
L'absinthe libre a plus de thuyone que la clandestine, car elle est distillée enfin avec des plants d'absinthe du Val-de-Travers. Avant on achetait des herbes d'absinthe de cultures des pays de l'Est ou autres en herboristerie, absinthe qui n'a rien à voir avec celle qui pousse dans les cultures du Val-de-Travers qui est plus parfumée et plus forte. C'est sans doute ce goût nouveau, et authentique, qui fait dire à certains que l'absinthe des clandestins était meilleure avant la libéralisation. En fait, ils buvaient un anisé genre pastis distillé sans le savoir, mais le goût du fruit défendu leur convenait...
La réhabilitation de l'absinthe n'a pas créé des centaines d'emplois au Val-de-Travers ( en deux ans, ce serait un exploit !). Mais ceux qui bossent dans les distilleries font le maximum pour vendre et relancer l'absinthe, créer des canaux de distribution, assurer la promotion du produit dans la mesure de leurs moyens humains et financiers. (L'Etat en fait plus pour la promotion des vins que pour celle de l'absinthe...).
Usine Pernod fils de Pontarlier.
Quand l'absinthe était une industrie florissante.
Alors, que l'on cesse de pleurnicher sur « le bon temps de la prohibition » et que l'on mette plutôt en valeur les efforts et le dynamisme de tous les producteurs d'absinthe du Val-de-Travers.
Ils méritent tous notre admiration et nos encouragements.
Quant aux clandestins qui ont fait le choix de rester dans l'ombre, mon propos n'est pas de les blâmer. Ils ont toute ma sympathie. Mes parents ont distillé illégalement pendant plus de 40 ans. Et je ne suis pas sûr que la libéralisation les aurait réjouis...
Mais les temps changent, et il faut savoir s'adapter.
Photo réalisée en 1985, avec une absinthe clandestine.
C'est l'agent de police du village de Môtiers
qui verse l'eau dans le verre pour la photo...
L'agent la police locale Louis, battant du tambour
pour les annonces dans le village.
Dix ans après, on en avait fait une étiquette
pour une absinthe clandestine.
