Féru d'histoire, Jacques Kaeslin s'est lancé dans un minutieux travail de recherche sur les origines de l'absinthe à Couvet entre 1800 et 1910. Une période au cours de laquelle certains distillateurs ont fait fortune. Le fruit de ses investigations est à découvrir dans un ouvrage à paraître le 1er mai, qui remet l'église au milieu du village et tord le cou à certaines légendes.
Le major Dubied, le docteur Ordinaire, les sœurs Grandpierre et Pernod sont autant de personnages que l'on associe à la naissance de la fée verte à Couvet. Légendes ou réalité? Jacques Kaeslin a tenté de démêler l'écheveau et publie ses conclusions dans «L'absinthe à Couvet. Enquête sur les pionniers et les anciennes distilleries», à paraître le 1er mai.«Je suis passionné d'histoire depuis le gymnase et les cours de Jean-Pierre Jelmini», annonce d'entrée Jacques Kaeslin, enfant du Vallon. C'est cependant dans la police qu'il fera carrière.En 1995, il s'installe à l'étranger avec son épouse, avant de revenir, dix ans plus tard, à Couvet, village qui l'a vu grandir.
A son retour dans la localité, il est interpellé par la remarque d'un Covasson sur la mort économique du village. Remarque anodine en soi, mais qui déclenche chez ce féru d'histoire l'envie de se lancer dans la rédaction d'un ouvrage sur les commerçants et artisans qui ont fait vivre le village entre le 19e siècle et 1980. Il recueille les témoignages des anciens, compulse les archives communales et cantonales, épluche les vieux registres et journaux.«Au fil de mes recherches, je me suis rendu compte que l'absinthe était un élément important de la vie sociale et économique, avant son interdiction en 1910», explique Jacques Kaeslin. Il ouvre une parenthèse dans son étude sur les commerçants et artisans et réalise, à la demande de l'interprofession, un dossier sur l'absinthe pendant la période de la clandestinité, destiné à accompagner la demande d'indication géographique protégée.
«Ça m'a donné envie d'approfondir le sujet et je me suis plongé dans la littérature existante sur l'absinthe. Je me suis alors rendu compte que certains ouvrages étaient truffés d'incohérences et d'anachronismes. Ça m'a chauffé les oreilles.» Jacques Kaeslin décide de prolonger sa parenthèse et, s'appuyant sur l'état des lieux rédigé en 1997 par Pierre-André Delachaux, il investit les archives communales et cantonales pour démêler le fil des mythes et légendes qui courent sur les distillateurs de Couvet.
La première partie de son ouvrage est consacrée aux personnages clés, détenteurs de recettes, distillateurs et notables. On y retrouve ainsi la Mère Henriod, le major Dubied, le docteur Ordinaire, les sœurs Grandpierre, la tante Suzon Guyenet, Pernod et Jean-Jacques Petitpierre. Des personnages devenus pour certains des légendes, et sur qui il a été dit tout et n'importe quoi. Aidé par un généalogiste, ainsi que des archives et registres des assurances des bâtiments, Jacques Kaeslin a reconstitué le véritable parcours de chacun d'entre eux.
La seconde partie dresse un inventaire de la quinzaine de distilleries qui ont produit de l'absinthe à Couvet entre 1800 et 1910. Une production loin d'être anecdotique, puisque aux alentours de 1860, ce ne furent pas moins de trois mille litres de fée verte (Note de DuVallon: 3000 litres par jour) qui quittaient les alambics covassons. /FNO
«L'absinthe à Couvet. Enquête sur les pionniers et les anciennes distilleries», à commander auprès de Jacques Kaeslin, Hôpital 7, CH-2108 Couvet
C'est qui Jacques Kaeslin ?
La couverture du cahier paru le 1er mai 2009.
3000 litres d'absinthe par jour à Couvet
Dans l'ouvrage "Fermes neuchâteloises", paru en novembre 1983, l'auteur, Jacques André Steudler, des Bayards, cite le compte rendu de la première course d'école de Suisse, celle des Ecole industrielles de Neuchâtel, les 3,4 et 5 juillet 1864.
Deux élèves, Léon et Adrien Roessinger, expliquent que:
- Le nombre de distilleries qui se trouvent dans le Val-de-Travers s'élève à 13 (en 1864), dont 7 à
Couvet, 2 à Môtiers, 3 à Fleurier et 1 à Travers.
- On fabrique journellement environ 3600 litres dans le Val-de-Travers.
- Couvet seul en produit 3000 litres.
- On expédie environ 3000 litres par jour à l'étranger
- Le prix moyen du litre est de 1.80 à 2 francs (Note de DuVallon: pour un ouvrier cela représente le salaire d'un jour de travail).
- Les industries qui dépendent de cette fabrication sont la confection des caisses, des clous, des
bouteilles, de bouchons de cire à cacheter.
- L'argent qui entre dans le pays par cette fabrication s'élève à environ 6000 francs par jour.
- Dans le Val-de-Travers, 60 poses de terrain (Note de DuVallon: surface de 16.2 hectares, plants d'absinthe distants de un pied et demi) sont consacrés à la culture des plantes aromatiques.
- La grande absinthe se vend 10 - 30 centimes la livre (DuVallon: 10 à 15 francs aujourd'hui payé au producteur).
- La petite absinthe vaut 50 à 70 centimes la livre (DuVallon: 20 à 25 francs
aujourd'hui).