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Publié le 8 mars 2010


Clandestins d'autrefois à Fleurier /Val-de-Travers

Trois alambics dans la même maison: et un incendie!

Dans le Courrier du Val-de-Travers du 3 mars 2005, Jacques -André Steudler, des Bayards / Val-de-Travers, a raconté sa jeunesse à Fleurier. Il vivait dans un immeuble occupé par 3 distillateurs clandestins.  Ce ne fut pas de tout repos.

(...) Seulement, dans cet immeuble de quatre étages, avec huit appartements, j'arrive en plein nid de guêpes de distillateurs clandestins, jugez plutôt: au rez-de-chaussée M.Bähler, dit le « Talot ». frère de la « Malote», propriétaire de l'immeuble distille à plein régime. Brouillé avec son gendre, qui loge en face et distille aussi. Une célébrité d'ailleurs que ce «Poilu» Vaucher qui snobe son monde, mais se montre charmant, s'il le veut!

2009-11-07-poilu-cache4.jpg Le Poilu, Roger Vaucher, ouvre la cache qui menait à sa distillerie
dans sa maison de Fleurier. (Archives Télévison suisse romande - 1960).

Et crac, la baraque : au-dessus de nos têtes, donc au troisième, un locataire Jacot, qui se mêle aussi de distiller. Il faut bien arrondir ses fins de mois!

Talot-et-Croix-Blanche.jpgLa maison du Talot, frère de la Malote: trois distillateurs clandestins dans l'immeuble.
(Collection Bernard Cousin - Fleurier).


Selon une loi non écrite des distillateurs clandestins, l'apéritif était gratuit. Il fallait bien que le (futur) client puisse tâter la marchandise, Le rat tenté tâta le riz, étudiant tenté tâta l'absinthe:
1er apéro: chez le « Talot » frère de la « Malote ».
2ème:  chez « Poilu le dissident puis 3ème chez Jacot, l'outsider.
Mon Dieu quelle avalanche! Trop de bienveillance nuit et je m'en aperçus fort vite. J'avais avantage à supprimer les apéros sans passer rue de l'Hôpital. Car il arrive que l'hôpital se moque de la charité.
Ce qui fit que <Talot», «Poilu» et Jacot n'hésitaient pas au racolage, me trouvant bien timide dans mes libations. Enfin suffit!
Un beau matin du 11 novembre 1949, tout le quartier était en ébullition. Le locataire du troisième avait en distillant foutu le feu à sa cuisine. Jacot employait sa marmite à vapeur - flexil » en guise d'alambic, qu'il raccordait à un serpentin pour refroidir le distillat. C'était de l'amateurisme haut de gamme. Fausse manœuvre? L'appareil disjoncte et le gaz ménager enflamme l'alcool. Au grand diable, quelle déguille !
Avec une énergie surprenante chez ce sexagénaire, «Talot» ordonne, sur le trottoir aux badauds ébaubis: «Surtout, pas de pompiers! J'ai un extincteur! Et surtout, ne mêlez pas la police à cette affaire !»
L'incendie est maté. L'alarme avait fait transpirer. Un onze novembre, c'est bien connu, c'est l'été de la Saint-Martin. La cuisine était lamentable: L'affaire n'a pas traîné, peintres et maçons vont restaurer ça en moins de deux. Mais Jacot, concurrent maladroit, fut mis à la porte séance tenante! »

 

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