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Thuyone et fenchone

Rédigé le 18 décembre 2009  / Révisé le 18 mars 2010
Taux de fenchone
sans limite en France

La France supprime la limite de 5 mg/kg de fenchone dans les absinthes.
Cela facilitera l'exportation des absinthes suisses..


Obstacle à la commercialisation des absinthes suisses (et sans doute d'autres pays) en France, le taux de fenchone ne sera donc plus limité à 5 mg/ kg dans l'hexagone. selon un décret pris le 11 mars 2010 et publié le 13 au Journal Officiel.

C'est le fenouil qui  est à l'origine du fenchone dans l'absinthe.
  Ces graines contiennent beaucoup d'anéthol sucré qui donne de la rondeur à l'absinthe et met en valeur la plante de grande absinthe. Celles qui sont produites en Suisse ont entre 15 et 20 mg / kg de fenchone. Donc trois à quatre fois trop pour la France qui était le seul pays d'Europe - à notre connaissance - à limiter le taux de fenchone.

Le communiqué de la la Fédération française des spiritueux:
Fenchone et décret du 11 mars 2010

Pour la Blandine, notre absinthe DuVallon pour la France, et la Verte France, nous avions divisé par cinq la quantité
de fenouil de la cuite. C'était tout juste dans la norme (pas plus de 5 mg/kg) voir l'analyse ci-desous:

blandine-analyse
Avec une limite du fenchone à 5mg / kg, il était par ailleurs impossible, en France, de distiller des absinthes dites "historiques", sur la base des livres de recettes de Pernod, Berger ou autre.

Le texte qui a paru au Journal officiel le 13 mars 2010:

JORF n°0061 du 13 mars 2010 page 4916 / texte n° 16

DECRET
Décret n° 2010-256 du 11 mars 2010 modifiant le décret n° 88-1024 du 2 novembre 1988 portant application de la loi du 16 mars 1915 relative à l'interdiction de l'absinthe et des liqueurs similaires, fixant les caractères des liqueurs similaires de l'absinthe
Le Premier ministre,
(...)
Décrète :
Article 1
Les deux derniers alinéas de l'article 1er du décret du 2 novembre 1988 susvisé sont supprimés.
Article 2
A compter du 20 janvier 2011, le même article est remplacé par les dispositions suivantes :
« Art. 1er. - Sont considérées comme liqueurs similaires à l'absinthe, au sens de la loi du 16 mars 1915 susvisée, de l'article 347 du code général des impôts et de l'article L. 3322-4 du code de la santé publique, les boissons alcoolisées produites à partir des espèces d'Artemisia présentant une quantité de thuyone supérieure à 35 mg/kg. »
Article 3
(...)
Fait à Paris, le 11 mars 2010.
François Fillon  Premier ministre :


Et le texte signé par Michel Rocard en 1988:


Version consolidée au 08 novembre 1988
Le Premier ministre,
(...)
Article 1
Sont considérées comme liqueurs similaires à l'absinthe (DUVALLON: DONC INTERDITES...)au sens de la loi du 16 mars 1915 susvisée, les boissons alcoolisées présentant :
- une quantité de thuyone :
- supérieure à 5 milligrammes par litre de boisson d'un titre alcoométrique volumique inférieur à 25 p. 100 ;
- supérieure à 10 milligrammes par litre de boisson d'un titre alcoométrique volumique égal ou supérieur à 25 p. 100 ;
- supérieure à 35 milligrammes par litre de boisson obtenue à partir de plantes ou de parties de plantes amères,
- ou une quantité de fenchone supérieure à 5 milligrammes par litre ;
- ou une quantité de pino-camphone supérieure à 20 milligrammes par litre.

Article 2
Le décret du 24 octobre 1922 modifié portant application de la loi du 16 mars 1915 susvisée fixant les caractères des liqueurs similaires de l'absinthe est abrogé.
(...)

Par le Premier ministre : MICHEL ROCARD.


L'avis sanitaire de l'Agence française:

Maisons-Alfort, le 4 novembre 2009
AVIS
de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments
relatif au projet de décret modifiant le décret n° 88-1024 du 2 novembre 1988, portant application de la loi du 16 mars 1915 relative à l’interdiction de l’absinthe et des liqueurs similaires, fixant les caractères des liqueurs similaires de l’absinthe.

L’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) a été saisie le 5 octobre 2009 par la Direction générale de la santé (DGS) d’une demande d’avis relatif au projet de décret modifiant le décret n° 88-1024 du 2 novembre 1988, portant application de la loi du 6 mars 1915 relative à l’interdiction de l’absinthe et des liqueurs similaires, fixant les caractères des liqueurs similaires de l’absinthe.

Le projet de décret, objet du présent avis, supprime à l’article 1 - alinéa I toute teneur en fenchone ou en pino-camphone des liqueurs similaires à l’absinthe.
De même, le projet de décret modifie, à partir du 20 janvier 2011, les concentrations en thuyone, conformément au règlement (CE) n° 1334/2008 du 16 décembre 2008, relatif aux arômes et à certains ingrédients alimentaire possédant des propriétés aromatisantes qui sont destinés à être utilisés dans et sur les denrées alimentaires.*

* (DuVallon: cela doit signifier que la France s'aligne aussi sur l'Europe pour la thyuone, ce qui semblait déjà être le cas avec la norme à 35mg / kg de produit). - Lire le rapppel de la loi européenne plus bas.

Sans préjudice d’autres considérations en matière de santé publique liées à la consommation de ce type de liqueurs, l’Afssa prend acte de ce projet d’arrêté.

Annexe: texte complet en pdf

Rappel pour la thyuone:

Thuyone: l'ordonnance sur les additifs (législation européenne)

RS 817.021.22
Ordonnance sur les additifs admis dans les denrées alimentaires (O sur les additifs, Oadd)
Annexe 4, Teneurs maximales en certaines substances présentes dans les denrées alimentaires prêtes à la consommation et dans lesquelles des arômes ont été utilisés.

Thuyone (alpha et bêta):

5 mg/kg dans les boissons alcooliques titrant jusqu'à 25 % d'alcool en volume, 10 mg/kg dans les boissons alcooliques titrant plus de 25 % d'alcool en volume, 25 mg/kg dans les denrées alimentaires contenant des préparations à base de sauge; 35 mg/kg dans les amers.

La législation européenne:

La directive 88/388/CEE du Conseil, du 22 juin 1988, prévoit des quantités résiduelles maximales pour certaines substances indésirables qui, de par l’emploi d’arômes, peuvent être contenues dans certaines denrées alimentaires. Ainsi pour les boissons alcoolisées titrant plus de 25 % vol d’alcool, il est admis une teneur en thuyone de 10 mg/kg.

Pour les bitters, cette teneur limite autorisée s’élève à 35 mg/kg. Mais il est interdit d’incorporer directement de la thuyone aux denrées alimentaires et aux arômes en tant qu’additif.

4 mai 2004

Emission TV Suisse Romande: A Bon Entendeur

Moins de tuyone dans les absinthes clandestines...!

Clic ici: reportage de la TV romande

La teneur de thuyone dans les spiritueux appelés " bitter " est limitée en Suisse à 35mg par litre. Nous avons fait analyser nos 7 échantillons par le laboratoire du service de la consommation du canton de Neuchâtel.

Marc-André Blaser, laborantin en chimie: " La première étape, c'est une prise d'échantillon d'absinthe représentative. Ensuite, pour extraire la thuyone, on ajoute du sel de cuisine afin d'augmenter la masse volumique de l'échantillon. Puis on ajoute de l'eau afin de permettre à l'échantillon de bien se solubiliser. "

Pourquoi l'absinthe se trouble ?

" Dans l'absinthe, il y a de l'anis. Dans l'anis, il y a une huile essentielle : l'anéthol. L'anéthol est soluble dans l'alcool, mais très peu dans l'eau. Lorsque je rajoute de l'eau, je diminue la teneur en alcool et l'anéthol va précipiter, c'est-à-dire se retrouver sous une forme non soluble dans l'absinthe : elle devient trouble. " Donc sans anis, l'absinthe ne troublerait pas.

Reste ensuite à rajouter de l'iso octane, une sorte de pétrole, pour extraire la thuyone et les autres huiles essentielles présentes dans l'absinthe. L'échantillon est ensuite placé dans un chromatographe en phase gazeuse couplé à un détecteur de masse, en clair un appareil qui va détecter la quantité de thuyone présente dans chaque échantillon.

Première remarque, tous nos échantillons ont des teneurs en thuyone inférieures à la limite légale de 35 mg/litre.

C'est l'extrait d'absinthe de François Guy à Pontarlier qui contient le plus de thuyone, 29,4 mg/litre.Suivi par l'extrait d'absinthe suisse légal de chez Kübler au Val-de-Travers, avec 15,6 mg/litre.

Troisième, mais loin derrière, une absinthe suisse clandestine, avec 5,5 mg/litre.

Ensuite, "Un Emile", un spiritueux français aux plantes d'absinthe de chez "Les fils d'Emile Pernot" à Pontarlier, 3,4 mg de thuyone par litre.

Cinquième, notre deuxième absinthe clandestine suisse avec 2,5 mg de thuyone par litre.Suivie par une autre clandestine suisse qui contient 2,1 mg de thuyone par litre.L'alcool le moins chargé en thuyone de notre test, c'est l'Abisinthe, un spiritueux français à base de plantes d'absinthe de chez Lemercier Frères dans la Haute-Saône. Il contient seulement 1,2 mg de thuyone par litre.

Marc Treboux, chimiste cantonal à Neuchâtel, suit le dossier de l'absinthe depuis des années. Pour lui, ces résultats sont plutôt rassurants: " Dans ces résultats, ce qui est intéressant, c'est que pratiquement tous les produits ont des teneurs en thuyone qui sont tout à fait normales et admissibles. Donc, aucun des produits n'est réellement dangereux. Ce que l'on remarque aussi, c'est que, contrairement à la légende ou à ce que certains personnes pensent, les absinthes clandestines que l'on a analysées ont des teneurs en thuyone extrêmement faibles et que probablement, dès 2005, avec les mêmes recettes, ces gens pourront commercialiser ce type de produits. "

Mais comment expliquer que les produits qui contiennent le plus de thuyone soient deux extraits d'absinthe à 45 degrés, des produits légaux même pas considérés comme de véritables absinthes ?

Nous sommes retournés chez Yves Kübler, dont l'extrait d'absinthe contenait près de 3 fois plus de thuyone que la première des clandestines.

Yves Kübler : " C'est lié à la plante originale qui pousse dans la région. On n'a actuellement pas la possibilité de travailler avec cette plante-là sur le marché clandestin, à l'exception des quelques distillateurs clandestins qui ont gardé une culture dans leur jardin. L'absinthe qui est utilisée par la majorité des clandestins provient des pays de l'Est. Elle est généralement cultivée sous serre et la thuyone est secrétée naturellement par l'absinthe lorsqu'elle doit se battre contre le froid, contre le chaud, contre le sec et l'humidité. "

Une explication confirmée par la maison François Guy que nous avons jointe à Pontarlier. Son produit a la plus forte teneur en thuyone de notre test et son absinthe est cultivée depuis trois ans dans le Doubs, non loin du Val-de-Travers.

Kurt Hostettman, professeur en pharmacie : " Je pense qu'actuellement ce n'est pas la thuyone qui pose des problèmes, c'est l'alcool. Avec les teneurs limitées en thuyone, aujourd'hui, il n'y a plus aucun risque. Boire un Ouzo, un Pernod, un Pastis, un Ricard, c'est la même chose que de boire de l'absinthe. Les risques sont les mêmes : l'alcool. "

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