Recommander

AOC et IGP: le long combat...

Révisé le 26.04.2009

Absinthe: bientôt protégée
au Val-de-Travers ?



Une demande d'IGP  (indication géographique protégée)
«Absinthe du Val-de-Travers» est sur la bonne voie.


Soutenue par les parlementaires du canton de Neuchâtel aux Chambre fédérales (Conseil national - Assemblée nationale en France) et Conseil des Etats (Sénat en en France) une demande d'IGP devrait être déposée cette année à Berne, siège de la Confédération pour reconnaître l'absinthe - et ses appellations Fée verte et Bleue - comme produit spécifique du Val-de-Travers.

«L'interprofession de l'absinthe du Val-de-Travers joue bien le jeu», évalue Laurent Favre, conseiller national, qui gère aussi l'Association des cultivateurs d'absinthe du Val-de-Travers, soit cinq paysans-cultivateurs.

«Après l'abandon de l'illégalité de la fée verte, il est important de maintenir et promouvoir une production et une distillation traditionnelles.», explique le politicien au journal l'Express de Neuchâtel du 25 avril 2009.

Qu'est-ce que cela signifie ?

En gros, si l'IGP est obtenue, seules les absinthes distillées au Val-de-Travers, avec des plants d'absinthe du Val-de-Travers, et mises en bouteilles au Val-de-Travers pourront porter la dénomination Absinthe (du Val-de-Travers) en Suisse.



Dessin d'Ella Julie Charrère, six ans,
"la Fée Verte sert l'absinthe sur la petite table".


On imagine que les distillateurs qui ne sont pas implantés au Val-de-Travers useront des voies de recours disponibles, Quoi qu'il en soit, on peut d'ores et déjà constater que  seuls les plants de grande absinthe qui poussent au Val-de-Travers et dans la région de Pontarlier (Guy) donnent le goût sauvage de la plante d'absinthe.

Artemisia absinthium des herboristeries (provenant souvent de Pologne)  n'a que de l'amer et pas le parfum de la thuyone. Il faut en mettre trois à quatre fois plus dans l'alambic que la grande du Val-de-Travers pour commencerà deviner le parfum de l'absinthe souvent masqué - en France - par un alcool de vin dominant qui est écoeurant couplé à l'anis et au fenouil.

La preuve: le Laboratoire cantonal de Neuchâtel, référence dans ce domaine, a analysé 80 absinthes vendues en Suisse. La plupart n'arrivaient même pas à 10 mg de thuyone par kilo. Il s'agissait de la majorité des cas des absinthes françaises (hormis Guy), des Tchèques, Italiennes, anglaises et même Suisses (hors Val-de-Travers).

Les absinthes du Val-de-Travers était les plus fortes en thuyone (pas toutes...).  La DuVallon Veuve Verte, ancienne version à 53.5 % vol avait 33.5 mg de thuyone par kilo...


Bref rappel:

Appellation d'origine (art. 2)

Peut être enregistrée comme appellation d'origine le nom d'une région ou d'un lieu qui sert à désigner un produit agricole ou un produit agricole transformé :

- originaire de cette région ou de ce lieu ;

- dont la qualité ou les caractères sont dus essentiellement ou exclusivement au milieu géographique comprenant les facteurs naturels ou les facteurs humains ; et

- qui est produit, transformé et élaboré dans une aire géographique délimitée.

Indication géographique (art. 3)

Peut être enregistrée comme indication géographique le nom d'une région ou d'un lieu qui sert à désigner un produit agricole ou un produit agricole transformé :

- originaire de cette région ou de ce lieu ;

-  dont une qualité déterminée, la réputation ou une autre caractéristique peut être attribuée à cette origine géographique ; et

- qui est produit, transformé ou élaboré dans une aire géographique délimitée.

Selon ces définitions, un produit doit être entièrement issu de sa zone d'origine pour pouvoir être protégé par une AOC, tandis que pour être protégé par une IGP un produit peut n'avoir qu'une seule phase de sa fabrication (transformation ou production de matière première) qui prend place dans la région qui lui donne son nom. Le lien au terroir est donc plus fort pour une AOC que pour une IGP.


L'article 17 de l'ordonnance (suisse) sur les AOC et les IGP précise que :


l'utilisation commerciale directe ou indirecte d'une dénomination protégée est interdite :

a-      pour tout produit comparable non conforme au cahier des charges ;

b-     pour tout produit non comparable si cette utilisation exploite la réputation de la dénomination protégée.

Organismes de certification

La responsabilité des contrôles est confiée à des organismes de certification neutres et indépendants choisis par les groupements demandeurs. Ces organismes de certification doivent se conformer à la norme européenne EN 45011, qui s'insère dans la série des normes ISO mises en place par les pays de l'Union Européenne, la Suisse, la Norvège et l'Islande. Les organismes de certification sont accrédités en Suisse par l'Office fédéral de métrologie et d'accréditation (METAS), sur des critères d'indépendance, d'impartialité et de compétence.

Source: http://www.aoc-igp.ch/produits.php?prod=27

Révisé le 15.01.2009

Pas de cadeau de Noël

pour l'absinthe de Pontarlier

L’info a été révélée le 28 décembre 2008 par l’Est Républicain. L’Absinthe de Pontarlier ne figurera pas parmi les prochains produits bénéficiant de la part de l’Europe d’une Indication Géographique Protégée (IGP). Malgré le soutien des Ministères de l’Agriculture et de la santé, le dossier n'a finalement pas été présenté devant les instances européennes. Le distillateur Pontissalien François Guy y a renoncé, vu le manque de soutien de ses collègues distillateurs de la ville du Haut-Doubs. Il ne voulait pas être le seul à payer les frais.



Alambics de Guy à Pontarlier.

On y distille le Pontarlier-Anis, mais aussi l'absinthe.

 

Selon la radio régionale Plein Air, Fançois Guy a déclaré ceci::

http://www.pleinair.net/detail_48_26633.html

 

 

« Il y a quelques années lorsque j’ai lancé le projet mes collègues Pernot et Klinguer qui étaient encore en activité s’étaient joints à moi, en me laissant toute liberté pour le développer mais quelques années plus tard lorsqu’ils ont vendu leur affaire à un seul et unique repreneur, ce dernier n’a pas jugé bon de continuer le dossier, le jugeant peut être inutile » explique Mr Guy, le Directeur de la célèbre distillerie du même nom. Et de rajouter « Nous allions obtenir l’appellation d’origine mais je n’ai pas voulu mener la bagarre pour les deux alors qu’il y en avait qu’un qui allait payer ». 

Le chef d’entreprise regrette cette décision d’autant plus que le projet avait obtenu un soutien fort des Ministères de l’agriculture et de la santé. « Les politiques locaux et régionaux s’étaient décarcassés pour faire avancer le projet mais j’ai préféré arrêter. Je ne voulais pas mener le projet tout seul et que d’autres en bénéficient sans aucun investissement ». 

Dommage que l’initiative n’ait pas abouti car elle aurait permis une reconnaissance et une protection du produit. Un label qui aurait évité à ce breuvage du Haut Doubs d’être copié. « A l’heure actuelle on dénombre plus d’une soixantaine de marques de spiritueux à l’Absinthe en France qui se revendique plus ou moins de recettes ancestrales ou de fabrication telle que celle qui était faite à Pontarlier. Par cette démarche j’entendais protéger le produit et le savoir faire pontissalien » argumente le chef d’entreprise.

Rappelons qu’il y a déjà quelques années, François Guy était monté au créneau lorsqu’il avait découvert un produit fabriqué en Afrique du Sud qui portait la dénomination « Doubs Absinthe des Montagnes du Jura ».



Et l'absinthe du Val-de-Travers ?
Pas d'AOC pour l’absinthe

En novembre 2005, la toute nouvelle « Association interprofessionnelle de l’absinthe » - qui regroupe l’ensemble des distillateurs légaux et cultivateurs d’absinthe du district - annonce son intention d’obtenir une AOC (Appellation d’origine contrôlée) qui limiterait le mot « absinthe » aux productions strictement vallonnières.

Aussitôt, l’exigence des Vallonniers fait bondir la Fédération suisse des spiritueux qui fait recours.
Les distillateurs vallonniers, d’abord rassurés par la récente affaire de la raclette valaisanne labellisée AOC qui présentait selon eux de nombreuses similitudes avec la demande d’AOC pour l’absinthe du Vallon, voient ensuite leurs ambitions à la baisse. Une IGP leur suffirait, une « indication géographique protégée », mais le dossier est toujours en cours.

Source:

http://www.vallon.tv/aoc-absinthe.html


Note de DuVallon: Pour obtenir au AOC il faut que les principaux produits proviennent de la région. L'alcool vient des pays de l'Est, via Alcoosuisse, le centre de profit de la Régie fédérale des alcools, l'anis et le fenouil proviennent de pays plus enclins à favoriser leur croissance – en attendant le réchauffement climatique. Seules la grande absinthe (c'est sont terroir spécifique), la petite absinthe (Pontique ou romaine) – pas facile à faire pousser – la menthe, l'hysope, ou la mélisse (on ne m'enlèvera pas de l'idée qu'elle est moins parfumée au Val-de-Travers que dans le sud de la France), sont des plantes qui poussent dans cette partie du Jura suisse, et français pour les distillateurs de Pontarlier.


 

Récolte d'absinthe DuVallon à Fleurier, juillet 2007


Aujourd'hui, le Val-de-Travers

a abandonné l'AOC pour viser plutôt l'IGP

(indication géographique protégée).

Voici le résumé de la demande

Description du produit

Apéritif alcoolisé à base de Grande Absinthe et de Petite Absinthe
Incolore, verte ou jaune
Teneur en alcool: 45% volume au minimum
Autres dénominations : Fée verte, La Bleue

Date de dépôt: 28.05.2004

Interprofession

Association Interprofessionelle de l'Absinthe Creux-aux-Loups 2, CP 17, 2112 Môtiers, +41 (32)861 14 69 info@absinthe-interprofession.ch www.absinthe-interprofession.ch

Zone d'origine

L'aire géographique comprend

le district du Val-de-Travers, canton de Neuchâtel.

Le savoir-faire

La fraîcheur et les goûts subtils de l'Absinthe viennent du mélange de plantes aromatiques utilisées. La recette traditionnelle contient obligatoirement de la Grande Absinthe et de la Petite Absinthe, auxquelles d'autres espèces peuvent être ajoutées selon le savoir-faire de chaque distillateur, comme par exemple de l'Anis, de la Réglisse ou encore de la Menthe. Les plantes sont toutes cultivées dans le respect de l'environnement. Une fois séchées, elles macèrent dans un récipient en cuivre avec de l'alcool pur et de l'eau pendant 12 à 24 heures. Le macéré est ensuite distillé dans un alambic en cuivre. Afin de développer pleinement ses arômes, l'Absinthe est aérée pendant 4 jours avant sa mise en bouteille.

L'histoire

La première distillerie au monde d'extrait d'absinthe a été fondée en 1797 à Couvet, district du Val-de-Travers. A l'époque, l'extrait d'absinthe s'employait comme remède contre de nombreuses maladies. La réputation de l'Absinthe dépassa très vite les frontières cantonales et elle fut notamment exportée en France, en Belgique et en Espagne. La consommation de Fée verte devint excessive surtout dans le milieu littéraire et artistique et en 1910, au nom de la lutte contre l'alcoolisme, l'Absinthe devint illégale en Suisse. Cependant la production d'Absinthe ne s'est jamais arrêtée et depuis le 1er mars 2005 les distillateurs du Val-de-Travers sortis de la clandestinité peuvent enfin commercialiser l'Absinthe en toute légalité.

Commentaires
Les différentes couleurs de l'Absinthe sont obtenues uniquement avec des colorants naturels. La couleur verte vient du macéré de Petite Absinthe et la couleur jaune s'obtient grâce à une infusion de Mélisse ou en stockant le distillat dans un fût de chêne pendant une semaine.


Tout savoir sur l'IGP

http://www.aoc-igp.ch/produits.php?prod=27


Pour y voir un peu plus clair


En clair, si l'IGP est obtenue, aucune absinthe suisse produite ailleurs qu'au Val-de-Travers ne pourra porter la dénomination ABSINTHE sur l'étiquette. On se demande comment réagiront Morand à Martigny /Valais ou Matter-Lughinbul (Mansinthe) dans le canton de Berne.

L'absinthe IGP Val-de-Travers devra être produite au Val-de-Travers, avec des plants de grande absinthe du Val-de-Travers, et mise en bouteille au Val-de-Travers.

Pour la France, on ne voit pas trop ce qu'une IGP aurait changé pour Guy de Pontarlier  (mis à part le fait – important- de distiller avec des plants qui poussent à 850 m. d'altitude et sont donc plus parfumés – plus forts en thuyone). En effet, Guy n'a pas le droit de faire figurer « Absinthe » sur ses étiquettes, tout au plus « spiritueux à l'extrait d'ABSINTHE », selon la législation française qui invente toujours une exception culturelle...

Réplique de François Guy, dans l'Est Républicain:  «Avec l'IGP, les «Spiritueux à l'absinthe de Pontarlier» n'aurait pu être produits qu'à Pontarlier. Précision, toujours selon le distillateur, cité par Pierre Dornier de l'Est Républicain,  «Cela aurait constitué une protection vis à vis des contrefaçons » - une Absinthe Doubs, Montagnes du Jura a en effet été produite en Afrique du SUD !

Une IGP supra-nationale ?

 Guy se tournera peut-être du côté de ses concurrents et amis suisses du Val-de-Travers qui tentent eux aussi d'obtenir une IGP. En principe, une IGP n'est pas supra-nationale, mais dans le cas particulier, vu la symbiose historique entre les deux industries de chaque côté de la frontière, on peut se demander s'il n'y a pas quelque chose à creuser dans ce domaine...

Il y aurait sans doute pas mal de problèmes à régler, en particulier celui-là: en France, le taux de fenchone (principe actif du fenouil) a été limité à 5 mg / kg d'absinthe distillée – taux libre dans tous les autres pays européens. Conséquence, les distillateurs français ne peuvent même plus reproduire les recettes ancestrales des Suisses Pernod, Duval et Berger établis à Pontarlier dès le début du 19e siècle.

Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés