24.12.2008 - révisé le 29.03.2009
Nous aimons bien l'idée que l'absithe a été colorée en vert par un incident de distillation, un peu comme chez Perreneau à la veille de Noël 1798. Lisez plutôt.
La fée Verte est née à
Noël
En cette veille de Noël 1798, Louis-Henri Perreneau, distillateur d'absinthe à Couvet, s'était rendu de bon
matin à Pontarlier en calèche pour y louer un local à distiller. Il avait mis la cuite sur tout doux avant de partir, en chargeant sa fille d'aller la surveiller quelques heures plus tard et de
séparer la blanquette.
La gamine, Blandine Perreneau, était dégourdie pour son âge. Elle passa la journée au fond du séchoir à absinthe avec Constant Le Glair, un solide gaillard, cultivateur d'absinthe au Val-de-Travers. Elle en oublia l'alambic qui chauffait dans la buanderie. Les plantes étaient remontées dans le col de cygne, et la cucurbite allait exploser, comme celle du Constant.
Louis-Henri, dit Loulou, père de Blandine ajoute son colorant vert à un extrait blanc. (Daguerréotype datant vraisemblablement de 1839)
Quand Perreneau rentra de Pontarlier, après s'être engueulé avec les Piaget qui lui réclamaient trois batz et six sous au péage de la route de la Chaîne, au-dessus de St-Sulpice, pour un fromage qu'il avait planqué dans sa sacoche, Louis-Henri constata que son alambic crachait du vert: la cuite était fichue ! Blandine reçut deux baffes, et le Constant fut prié d'aller se faire voir chez les distillateurs d'Ouzo...
Blandine Perreneau
Constant Le Glair
Le lendemain, Louis-Henri, qu'on appelait Loulou dans le village, se versa un verre de sa cuite à
l'herbe.
Un dernier verre avant de la jeter dans le Sucre, le torrent qui traverse le village du Val-de-Travers.
Tassé sur le bord de la fontaine d'où coulait l'eau pure de la montagne, Perreneau se releva d'un bond !
Miracle du matin de Noël, sa cuite à l'herbe était délicieuse !
Elle sentait bon l'absinthe, et sa couleur vert olive se transformait en lait à la menthe quand on lui ajoutait de l'eau glacée. Il en avait des étoiles dans les yeux ! (à jeun au 3e
verre).
Loulou perfectionna sa recette de colorant, en ajoutant de la mélisse et de l'hysope pour le sucré; il mit une touche de petite qui coûtait cher mais qui lui donnait un goût de génépi des Alpes.
La première distillerie industrielle du Val-de-Travers à Couvet, au bord du Sucre, la rivière qui traverse le village. Daguerréotype* de Jacques Daguerre, 1787-1851.Sur la photo datant vraisemblablement de 1839, on distingue Louis-Henri sur la passerelle.Au pied, sa petite-fille Mélusine, (en blanc avec un chapeau).
Perreneau devint ainsi le roi du monde de l'absinthe, et Blandine épousa Constant Le Glair vite fait bien fait – ça
pressait car les gens de Couvet, connus pour leur langue de vipère, susurraient à l'apéro: «Mon Constant, mon cul s'tend ».
Le jour de la cérémonie, au Temple de Couvet, on ne remarqua presque pas l'arrondi de son ventre caché dans les plis
d'une ample robe turquoise.
L'enfant, une fille, fut baptisé Mélusine. Elle vécut longtemps, fut très heureuse, et eut beaucoup d'amants.
Mélusine Le Glair-Perreneau, un peu simplette et volage,fut surnommée la Tarte Tatrain, car "tout le monde sauf le train", disait la rumeur... La voilà comme
modèle d'un panneau publicitaire de l'Interprofession de l'absinthe du Val d'Areuse au milieu du 19e siècle.
Le terme daguerréotype provient du nom de son inventeur, l'artiste et décorateur français Daguerre, qui découvre ce procédé en 1835. Après des années de perfectionnement, il présente sa découverte à l'Académie française des sciences le 9 janvier 1839.I l fera fortune en dix ans, avant qu'un autre procédé photographique remplace son système.
Pour connaître la... véritable histoire de la fée verte, lire aussi:
http://desencyclopedie.wikia.com/wiki/Absinthe